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Des vessies et des lanternes

S’il est une nécessité vitale, pour les marques de clubs de golf grand public pré assemblés, c’est bien de vendre toujours plus chaque année et, au minimum, de maintenir et, en application des principes de base du marketing appliqués aux produits de masse, si possible d’augmenter leurs parts de marché. En effet, faute d’une progression régulières de leurs ventes, les sociétés propriétaires de ces marques, et qui sont, pour la plupart cotées en bourses, voient leurs cours s’effondrer, leurs dirigeants menacés de perdre leurs postes, et le risque de rachat par un concurrent grandir Aussi, des efforts considérables, absorbant des budgets publicitaires colossaux, sont-ils engagés chaque année pour convaincre les golfeurs que les derniers clubs sortis leur permettront d’envoyer leur balle, sans effort, et sans amélioration de leur swing, toujours plus loin et toujours plus droit. Evidemment, cela est d’autant plus illusoire que les règles édictées par les instances régissant le golf, USGA et R & A, limitent fermement les performances des clubs, comme celles des balles. Mais qu’importe, il s’agit de vendre du rêve, et le rêve n’a pas de prix… Et le plus piquant est que, finalement, le coût du marketing se retrouvant dans le prix des clubs, le consommateur paye lui-même le formatage mental qu’on veut lui imposer. Dans ce contexte, la clé, pour les marques grand public, c’est le club phare : le driver. Si les drivers se vendent bien, les autres clubs suivront. Aussi, tout est bon pour vous convaincre, ami golfeur, que le driver dernier sorti vous fera aller plus loin et plus droit. Plus loin que quoi, ou que qui ? Plus droit que quoi, ou que qui ? Qu’importe : CA VA PLUS LOIN ET CA VA PLUS DROIT. Qu’on se le dise ! Et si les marques les plus connues font toutes des drivers d’excellentes qualité, certaines sont, à l'évidence, beaucoup plus fortes que d’autres dans le domaine de la communication. Prenez par exemple Taylor Made à propos du dernier Burner. C’est fascinant ! Un véritable cas d’école. On fait un beau dessin, genre Science et Vie, on affirme détenir une technologie spécifique « Super fast », c'est-à-dire « super rapide » (en application du célèbre principe  KISS , Keep It Simple and Stupid, plus c’est simple et stupide, mieux ça marche…), et on affirme, sans sourciller, que le dit driver Burner fait gagner 11,89 mètres… par rapport à un driver… « classique ». 

burner




si cen’est pas se moquer royalement du monde et prendre les golfeurs pour des demeurés, on se demande ce que c’est ! Ainsi, ce driver fait gagner 11 mètre et 89 centimètres, pas 88 ou 90, 89. Et par rapport à quoi, ces 11,89 mètres ? Par rapport à un driver « classique ». Il y a certainement  une erreur de frappe : on a du vouloir dire « par rapport au driver classique », car, à l’évidence, dans la vision de Taylor Made, il n’existe qu’un seul driver « classique », celui qui fait 11,89 mètres de moins au drive que le nouveau Burner. Mais, à propos, quel drive, pour quel golfeur, avec quelle vitesse de frappe, avec quel angle d’envol, avec quel type de swing ? Et ce n’est pas tout ! Ce driver magique, fait gagner 2,74 mètres grâce au moment d’inertie « effectif » de sa tête, encore 2,74 mètres, grâce à une tête au centre de gravité plus bas, 4,54 mètres grâce à un manche plus long, et 1,89 mètres, grâce à un poids du manche et du grip plus léger … L'argumentaire à la graisse de chevaux de bois, digne des meilleurs batteleurs de foire, mérite que l'on s'incline, il atteint des sommets, chapeau !

Mais voyons cela de plus près. Ainsi, le moment d’inertie « effectif » ferait aller plus loin (11,89 mètres...) :

 - tout d’abord, il faut savoir que le moment d’inertie « effectif » est un terme inventé par le département marketing de Taylor Made et qu’il n’existe pas de grandeur physique correspondant à ce mot.
 - par ailleurs, quel qu’il soit, le moment d’inertie de la tête d’un club, ne fait en aucun aller plus loin une balle centrée sur la face d’un club. Un moment d’inertie élevé va améliorer, un peu, la vitesse de balle, et donc la distance, sur un coup décentré, mais, tous les drivers actuels ont un moment d’inertie proche de la limité autorisée, soit 5900 gr*cm2. Et plus le moment d’inertie augmente moins l’amélioration marginale de la vitesse sur coup décentré est sensible. Enfin, la qualité de la face d’un driver aura beaucoup  plus d’incidence sur le maintien de la vitesse de balle sur un coup décentré que l’augmentation du moment d’inertie de la tête.

Une tête au centre de gravité plus bas, n’est nullement une garantie de plus de distance. Tout dépendra du swing du golfeur. Taylor Made le reconnaît d’ailleurs, puisque dans l’article publié à la page 68 du numéro de janvier/février 2009 de Driver Magazine, autour de cette publicité où les 2,74 mètres soit disant gagnés grâce à ce centre de gravité plus bas (plus bas que quoi, à propos ?) sont mis en avant, il est également indiqué : « ceux qui désireraient obtenir les mêmes performances avec un manche un peu plus lourd (et donc une balle moins haute) s’orienteront vers la version TP…".

 Plus de longueur de manche sur un driver ne fait pas toujours aller plus loin, ( sinon pourquoi s’arrêter à 46,25 inches ?) , mais souvent moins loin, en raison de l’augmentation exponentielle, avec la longueur du manche,  de la force qui s'oppose à la rotation du club. L’augmentation, proportionnelle au  carré de la longueur, du moment d’inertie d’un driver (et non de sa tête), le rend vite incontrôlable, ce qui fait souvent perdre en distance et, toujours en précision. Ainsi, sur le Tour, la longueur moyenne des drivers est de 44,5 inches alors qu'à vous, golfeurs amateurs, on vous fait acheter des drivers de plus de 46 inches ! Et, là encore notons que, comme indiqué plus haut, le Burner TP, dont on sait qu’il sera plus court, vous fera, dit-on, obtenir les mêmes performances… Allons bon !

Un poids du manche et du grip allégés contribueront certes à donner un petit peu plus de vitesse. On aimerait cependant savoir par rapport à quelle référence. On relèvera également, à nouveau, que le Burner TP, avec son shaft plus lourd, permettra d’obtenir les mêmes performances… Allez comprendre !

Enfin, dans sa publicité, Taylor Made évoque un « sweet spot » agrandi. On aimerait connaître la définition par Taylor Made, d’un tel sweet spot. En effet la définition physique du sweet spot est celle de la projection orthogonale du centre de gravité de la tête du cbub sur sa face. C’est donc un point géométrique infinitésimal, par définition sans superficie, et qui ne peut donc être ni augmenté ni diminué….

Nous espérons, amis golfeurs, que ces quelques lignes auront pu contribuer à votre meilleur compréhension de la technologie du driver en relation avec les messages publicitaires qui sont délivrés, parfois sans scrupule.

Mais gageons que les années à venir nous réserverons encore bien d'autres suprises merveilleuses !




Le driver le plus puissany
Le driver le plus précis